À l'aube d'une rentrée parlementaire qui risque d'être lourde de conséquences pour l'avenir du Québec, le premier ministre Jean Charest a le devoir de modifier ses façons de faire et doit effectuer des gestes courageux, réalistes et responsables pour ramener le Québec sur la voie de la prospérité.
Lors de la rencontre de 200 décideurs économiques réunis à Lévis, les cruciales questions des dépenses publiques et de l'endettement ont été balayées sous le tapis. Une occasion en or d'aller au fond des choses a été ratée. Mais doit-on s'en surprendre? Le ministre des Finances ayant lui-même déclaré le 18 janvier que «la finalité, ce n'est pas d'équilibrer le budget. La finalité, c'est d'être heureux comme peuple». Quelle tristesse devant cet aveuglement volontaire et irresponsable...
Maintenant que l'on sait à quel point le ministre des Finances, Raymond Bachand, banalise les défis qui sont les siens et ceux de l'ensemble des Québécois qui paient des taxes et des impôts, Jean Charest a le devoir de rectifier le tir. Il a le devoir de ramener son ministre à l'ordre en s'engageant fermement dans une démarche de resserrement des dépenses gouvernementales et en se fixant des objectifs clairs pour rétablir l'équilibre des finances publiques et cesser l'endettement irresponsable.
Le défi que lance l'ADQ au gouvernement
2010 doit sonner la fin du gaspillage éhonté de l'argent des contribuables. Depuis des années, l'ADQ le signale et voilà qu'enfin des experts le proposent. Dans son deuxième rapport, le comité consultatif sur l'économie et les finances publiques formé par le gouvernement affirme que le chevauchement de structures dans le domaine de la santé nous fait perdre 600 millions de dollars!
Il faut mettre un terme à ces dépenses inutiles. Les agences de la santé (que le PLQ avait pourtant promis d'abolir...) et les commissions scolaires sont-elles toujours utiles pour soigner efficacement les malades et assurer la réussite de nos jeunes? Ces structures ne sont-elles pas devenues des monstres bureaucratiques qui siphonnent l'argent qui devrait plutôt servir à soigner les malades et à éduquer nos jeunes? Pourquoi le Québec verse-t-il autant d'aide aux entreprises que l'ensemble des neuf autres provinces? Ces questions, le premier ministre a le devoir de se les poser et il doit faire cet exercice nécessaire. Dans le contexte actuel, le Québec ne peut pas se permettre le luxe de dépenser un dollar pour rien.
J'ai posé ces questions au premier ministre lors de la Rencontre économique de Lévis. Je lui ai demandé pourquoi son gouvernement refusait de se mettre au travail pour retourner chaque pierre, pour faire l'examen exhaustif des programmes gouvernementaux afin d'aller chercher des économies dans l'administration gouvernementale et d'arrêter d'endetter les générations futures. Comme à son habitude, il a esquivé mes questions. Par contre, Jean Charest ne pourra pas constamment fermer les yeux sur cette dure réalité qui nous rattrape un peu plus chaque jour: le Québec vit au-dessus de ses moyens et ne peut pas se permettre de gaspiller un sou de plus.
Courage et responsabilité
Le gouvernement ne peut pas non plus être un spectateur devant les allégations de corruption et de malversations dans l'industrie de la construction. On ne peut pas se payer le luxe de voir nos investissements en infrastructures détournés à la faveur du crime organisé. Transports Canada évalue qu'il en coûte 37 % plus cher pour construire un kilomètre de route au Québec qu'ailleurs au Canada. M. Charest a le devoir de déclencher une commission d'enquête pour rétablir la confiance du public dans un secteur aussi crucial à la création de richesse au Québec.
C'est pourquoi je lui lance ce défi pour l'année qui vient. Le premier ministre doit maintenant faire des gestes de courage, il doit amorcer le virage de la rigueur en confrontant chacune de ses dépenses aux critères de l'efficacité et de la performance. Le Québec doit s'inspirer du gouvernement de Nicolas Sarkozy, en France, qui, lui, a eu le courage de remettre tout en question en procédant à une révision générale des politiques publiques. S'il décide de s'engager sur cette voie du courage et de la responsabilité, l'ADQ sera à ses côtés pour s'assurer que le travail ne sera pas, une fois de plus, bâclé.
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Gérard Deltell - Chef de l'Action démocratique du Québec
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